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Un Maitre Tartuffe

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Dishonored 2

CR "Dishonored & Prejudice" : Dishonored 2
(novembre 2016, développé par Akarne studios Lyon et publié par Besthesda softworks)
 
En 2012 nous était sorti de nulle part Dishonored premier du nom, porté par un studio frenchie (cocorico) et chapeauté par des anciens de System Shock et Deus Ex. Le jeu puissant et envoûtant fit carton plein tant il apportait de belles choses, sans démériter par rapport au tout dernier Deux Ex de l'époque : le formidable "Human Revolution".  
 
4 ans plus tard et deux DLCs (d'excellente qualité) voici la suite en fanfare.  
 
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Conclusion immédiate pour ceux qui ne veulent pas lire :  
 

  • Le jeu est excellent.
  • Tout ce qui était bien dans le premier l'est tout autant dans celui-ci : ambiance, level design extraordinaire, gameplay et game-system irréprochable ou quasi.  
  • Portage PC (désormais patché) impeccable question performance. Pour l'UI et les menus on pourrait faire mieux, mais ça demeure très correct.  
  • Durée de vie un poil plus courte (40 heures environ là où son prédécesseur occupait bien 50 heures)
  • Scénario et lore un peu en retrait : l'impact est plus significatif mais les "explications" sont d'autant plus parcellaires.  
  • Moins de personnages secondaires/tertiaires mémorables, un petit moins de chemins alternatifs dans le scénario
  • Rejouabilité excellente : New game + jouissif et second protagoniste qui permet un changement du tout au tout !  


C'est 8/10. C'est amplement mérité. Ça vaut carrément ses 40 euros et même plus.  
 
Alors ACHETEZ !  
 
 
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There is something rotten in the state of Dunwall [légers SPOILERS]
 
On débute l'aventure sur des chapeaux de roue avec le retour d'un antagoniste bien connu par les joueurs qui auront poncé les DLCs de Dishonored 1er.  
C'est très rapide et en quelques minutes la m***** nous aura éclaboussés bien comme il faut. Enfermé à double tour, privé d'armes et de pouvoirs (pour ceux qui joueront Corvo), nous voici reparti cul comme y'a 15 ans. Le changement qu'y disait :o
 
(quand on joue Emily, bah on est tout aussi cul nu mais on sait pas forcément ce qu'on a manqué jusque là. Un peu comme avant le pucelage quoi. Détail amusant : les curieux découvriront d'ailleurs assez vite certains détails sur la vie intime de l'ex-impératrice. La touche Arkane toute en finesse :p )
 
Ne pas changer, notez, c'est pas forcément mal. En fait c'est carrément bien vu qu'on retrouve tout ce qui faisait le sel du premier épisode. On avait le level design tortueux et bourré de possibilité, notamment sa vertigineuse verticalité ? Pas de problème : pour s'enfuir du donjon, on va justement passer par les toits ! Mais sans pouvoir, remember ? Alors faudra être agile ! (un peu).  
 
On est de nouveau souillé dans la boue et on a des ennemis à chaque coin de rue ? Pas de problème, alliés et contrebandiers sont de retour ! À nos les belles améliorations et la récupération de nos capacités (si on le souhaite : les plus acharnés d'entre nous pourront faire le choix de poursuivre l'aventure en refusant la marque de l'outsider. Ça va représenter du beau défi, mark my word).  
 
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Les gars, merde, hier encore c'était moi qui payais votre solde ! Je vous préviens, vous commencez sévèrement à me les briser avec vos revendications sociales !
 
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Sérieusement, on pourrait pas causer dans des endroits sympa un jour ? Je sais pas moi, des trucs moins morbides tu vois ? En 15 ans, tu pourrais renouveler la déco. Non parce que là, j'ai à chaque fois l'impression d'y laisser un peu de mon âme. Quoi ? Comment ça "c'est justement l'idée" ?
 
 
 
Petite modification appréciable au scénario : un soin tout particulier a été apporté aux personnages "cibles" que nous aurons à éliminer à chaque mission. Si dans le premier épisode il s'agissait surtout de hauts dignitaires à dégager pour se tailler un chemin retour vers le pouvoir, ici les choses sont plus subtiles.  
Corvo/Emily vont avant tout mener une enquête. Car il ne sert à rien de tuer (encore) son adversaire si celui-ci a la fâcheuse tendance à ressusciter et vous planter un couteau dans le dos quelques années/minutes après.  
 
De ce point de vue, l'antagoniste principal est magistralement brossé : Arkane a pris le soin de lui donner de vraies motivations, une véritable cohérence et une personnalité qui par moment fait véritablement frissonner. Diabolique et envoûtante, notre ennemie ne laissera personne indifférent, jusqu'à peut-être corrompre et entraîner sur son chemin certains des plus vertus d'entre nous.  
 
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Quoi qui soit fait, on en revient toujours à toi.
 
 
 
L'excellente surprise vient pourtant d'ailleurs car Arkane a apporté le même soin aux personnages secondaires du jeu. Il va ainsi devenir beaucoup plus difficile d'éliminer un dirigeant corrompu une fois découvert le lourd passif qu'il possédait avec son père, et comment il a su retrouver un peu de dignité grâce à "quelqu'un" d'autre.  
 
De même pour le Docteur aux commandes d'un asile rempli de dégénérés dont la personnalité se révélera beaucoup plus complexe qu'on ne l'aurait cru.  
 
Il y aura aussi cette inoubliable sorcière, fille de la haute aristocratie et mariée de force en pleine jeunesse (voir en pleine enfance ?) pour être violée par un époux de deux à trois fois son âge. Elle choisira (librement ?) finalement de s'enfuir et rencontrera là aussi "quelqu'un".  
 
Enfin, et sans trop en dire, personne ne sera capable d'oublier l'alter ego de Sokolof : le génial inventeur royal dont l'exigence et la soif de science l'auront entraîné vers un chemin au-delà de toute rédemption (ou presque). Pour ceux qui se souviendront du premier épisode, le parallèle entre les destins des deux personnages est trop troublant pour n'y voir qu'un simple clin d'œil de la part d'Arkane. Quelque part, ce personnage à lui seul rappelle la force et le poids immense des décisions.  
 
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Car seul un Maître pourra en terrasser un autre
 
 
 
Et ceci étant posé, passons justement aux meilleures nouveautés qui sont aussi les plus grandes réussites de ce second Dishonored !  
 
 
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It's a wonderful (not open) world
 
L'énorme plus-value de ce Dishonored 2 réside une fois de plus dans ses merveilleux niveaux et le soin léché de chacune des missions proposées. À l'instar du premier épisode, on retrouve cet énorme savoir-faire qui permet d'envisager d'au moins quatre ou cinq manières différentes l'accomplissement d'un objectif. Passages furtifs, détournement des gardes, prise de possession des corps, "exploits" savamment calculés et en réalité parfaitement pris en compte, vraiment ce Dishonored 2 nous fait revivre les exactes mêmes sensations que son aîné.  
 
C'eut déjà été suffisant, mais le studio lyonnais va en réalité bien plus loin et nous propose des nouveautés suffisamment profondes pour non seulement renouveler le gameplay mais en plus se payer le luxe de changer profondément toute notre expérience de jeu. Les pouvoirs d'Emily sont un fourmillement de nouvelles possibilités et de combos furieux aux conséquences dévastatrices. Qu'il suffise de dire que "Domino", la capacité qui "lie" le sort de plusieurs PNJS entre eux, permet parfois avec un coup bien pensé de cumuler l'élimination de cinq personnes en même temps ! (un exemple : en cumulant piège + portique piraté + 3 gardes liés ====> panique assurée, tout le monde fonce terrifié dans la souricière et BOUM ! jackpot en 30 secondes. Jouissif).  
 
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Extermination dans 3… 2… 1…
 
 
 
Et au-delà de ces ajouts salutaires, qui suffiraient déjà en soit à justifier le statut de cet épisode véritablement "2"  (et non pas un bête 1.5 comme tant d'autres suites), le meilleur est encore à venir.  
 
Les environnements proposés par Dishonored 2 sont tout simplement bluffants d'ambiance et de qualité. Plus fort que ceux d'un "Deux Ex Mankind Divided" malgré l'excellente narration environnementale de son simili open-world, les instances de Dishonored continuent sur la recette des zones semi-ouvertes à accessibilité unique.  
 
Tout change cette fois : les couleurs chaudes et rayonnantes de Karnaca tranchent avec l'atmosphère sombre et terrifiante de Dunwall et ses forteresses victoriennes. Ici le Duché nous rappelle qu'il est une île : l'environnement marin se révélera parfois éprouvant et splendide, avec ses vagues déchaînées et ses pirahanas. Quant au soleil, on sera d'autant plus surpris par son absence lors des phrases (très rapides) où nous aurons à évoluer dans des tempêtes de poussières, des manoirs abandonnés ou tout simplement obscurs par leur disposition même. Et quel sentiment étrange de retrouver justement la lumière après ces heures (parfois terrifiantes) passées au sein du labyrinthe de Jindosh !  
 
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Bon, de loin ça sent mauvais. Mais si ça se trouve, on s'inquiète pour rien !
 
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Ah oui quand même… Enfin, c'est peut-être juste une impression.
 
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Et m**** !
 
 
 
Tout détailler serait criminel, tant le sentiment de la découverte est crucial ici. Il suffira de dire que le rythme est merveilleusement bien géré, avec une montée en puissance de l'angoisse et des emm*** de plus en plus fortes jusqu'au crescendo final de la mission, sans pour autant jamais sentir que "là, ça fait trop". Chapeau !  
 
Ce qui, tout personnellement, m'a le plus marqué :  

  • l'Institut Ademire : fascinant de morbide et d'angoisse sourde, une entrée en matière très très très solide pour cette première véritable mission du jeu. Et bon sang la conclusion finale qu'on craint de deviner et qui en fait est… !
  • le manoir de Jindosh : époustouflant. Une merveille labyrinthique, le meilleur level-design jamais rencontré dans un jeu vidéo. Une intelligence extraordinaire avec ces murs mobiles, ces PNJS qui sont là et puis qui finalement vont aller faire [XXX], et enfin ces robots magistraux et terribles ! Enfermé avec eux, ça booste le palpitant à 200 à l'heure. Quel pied énorme quand on a enfin réussi à les malmener suffisamment pour qu'en résulte une pile de pièces détachées ! Et puis le personnage de Jindosh en lui-même :love:  


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  • le conservatoire royal : jouissif et terrible. Si les robots précédents mettaient la dragée haute à bon nombre d'ennemis, ici on est à la fois dans du très différent et dans du plus dur. Belle répétition avant le niveau final !  
  • Le quartier des Mines et le manoir "maudit" : le niveau le plus marquant pour moi, au-delà du labyrinthe de Jindosh. Rarement vu une telle maîtrise d'ambiance et un enchaînement aussi parfait. Ça suinte la terreur par tous les pores et on sort de là complètement estomaqué. Mention ultra-spéciale pour la cohérence entière de l'univers suite aux décisions qui seront prises dans ce niveau.  
  • Le palais Ducal : ça aurait pu être classique, mais non ! Superbe architecture et des possibilités de haute volée. Plus classique dans son déroulement toutefois, néanmoins on y retrouve de merveilles fulgurances (notamment avec le coffre-fort) qui en font un morceau de choix.  
  • Mission finale à Dunwall : je ne dirai rien. Ça tue, tout simplement. Le temps a passé en notre absence et l'environnement, notre palais, notre ville même !, n'est vraiment plus ce qu'elle était. Quant aux ombres, elles sont plus terribles que jamais


 
C'est toujours pareil décidément : je m'absente quelque temps et quand je rentre c'est le bordel !
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Et merde… mon palais bon sang !
 
 
 
Conclusion : This is It
 
 
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Arkane a réalisé un boulot quasiment irréprochable avec ce second épisode. Loin d'être une simple suite qui reprendrait une recette bien établie et sans la moindre prise de risque, le studio a osé innover, pousser ses ambitions plus loin, et au final nous délivre un titre qui est un véritable deuxième jeu : dans une industrie poussive habitué aux ".5" certes de qualité mais terriblement bon élève (Hello Just cause 3) voire émoussé dans leur intensité et leur propos (Coucou Deus Ex Mankind Divided), la voie choisie par Arkane mérite non seulement d'être saluée mais même, et surtout, récompensée.  
 
Malmenées par un portage mal foutu, la réputation et les ventes de cet épisode n'ont pas été au rendez-vous. Aujourd'hui, le titre tourne comme une balle sur n'importe quelle machine et son prix plus petit doit en faire un véritable incontournable pour chacun. Les amateurs du genre, eux, auront été conquis dès le premier jour et on les comprend.  
 
Plus beau, plus fort, plus intense, ce Dishonored 2  a tout pour plaire. On regrettera seulement l'absence de continuité avec les décisions prises par les joueurs du premier épisode et de ses DLCs : il aurait été bien plus que plaisant de découvrir des "clins d'œil sur mesure" pour ce public-là, d'autant plus réclamé que la communauté est ici loin d'être hardcore. L'on comprend qu'Arkane n'ait pas souhaité lier les ventes de son titre à cette exigence, mais l'on ne peut s'empêcher d'y voir comme un manque de confiance envers son public. Dommage.  
 
Plus perturbant : le manque d'explications finales et un lore qui demeure aujourd'hui encore bien trop nébuleux en ce qui concerne l'Outsider et "quelqu'un d'autre". Des pans sont un peu dévoilés, mais ils demeurent bien trop minimes pour satisfaire notre curiosité ou même l'aiguiser plus. On espère que l'extension "Mort à l'Outsider" apportera enfin son lot de réponses, mais rien n'est moins sur.  
Et à la différence d'un Mass Effect qui sera parvenu à gérer son rythme scénaristique sur 3 épisodes entiers, avec leurs lots de découvertes et de révélations, il n'est hélas pas dit qu'Arkane choisisse cette voie ou en ait même la possibilité.  
 
N'importe : Dishonored 2, comme son prédécesseur, se suffit à lui-même et toute histoire supplémentaire constitue un délicieux ajout de plus.  
Alors ne boudons pas notre plaisir et fonçons nous plonger corps et âme dans le jeu ! Il le mérite.  
 
Et peut-être, après, obtiendrons-nous un Dishonored 3 aussi magistral.